Ressource technique

Classes de géotextiles non-tissés : systèmes et seuils

Tous les systèmes de classification des géotextiles non-tissés expliqués : classes commerciales issues de la norme NF G 38-040 (officiellement obsolète, mais toujours utilisées), classes de conséquence NF G38-060 (en vigueur), normes européennes EN 13249-13265 et classes GTR des sols. Ressource destinée aux bureaux d’études, prescripteurs et responsables de chantiers BTP.

1. Classes commerciales 1 à 8 : origine CFGG / NF G 38-040

Les classes 1 à 8 de géotextiles non-tissés que l’on retrouve encore aujourd’hui sur de nombreuses fiches techniques proviennent de la norme française NF G 38-040 "Essais des géotextiles — grille de résultats", élaborée dans les années 1990 par le Comité Français des Géotextiles et Géomembranes (CFGG), devenu CFG. Cette classification a été officiellement déclarée obsolète par le SETRA/CEREMA, mais son usage commercial perdure.

⚠️ Statut officiel : la norme NF G 38-040 est obsolète. Selon la note d’information SETRA sur le marquage CE des géotextiles, le système de classes qui en découlait "ne doit plus être utilisé que ce soit dans les documents de marché ou dans les fiches techniques des producteurs. Les valeurs spécifiées doivent être chiffrées". Exemple officiel : « résistance à la traction > 25 kN/m » et non plus « classe 7 ».

Un système multi-critères, pas seulement le poinçonnement

Contrairement à une idée reçue qui circule largement, la grille NF G 38-040 ne portait pas uniquement sur le poinçonnement CBR. Elle classait les produits sur plusieurs caractéristiques simultanément :

  • Résistance à la traction (NF EN ISO 10319)
  • Poinçonnement statique CBR (NF EN ISO 12236)
  • Perforation dynamique (NF EN ISO 13433)
  • Ouverture de filtration O90 (NF EN ISO 12956)

Conséquence directe : un même produit pouvait appartenir à des classes différentes selon la caractéristique considérée. Un géotextile pouvait relever de la classe 3 en traction, classe 5 en poinçonnement et classe 2 en perforation dynamique. C'est précisément cette multiplicité qui a motivé l’abandon officiel du système — elle entraînait des confusions dans les cahiers des charges et rendait difficile la comparaison objective entre produits.

Usage commercial actuel

Dans la pratique actuelle, les fabricants et distributeurs qui affichent encore une classe 1 à 8 sur leurs fiches se basent le plus souvent sur un seul seuil dominant : le poinçonnement CBR, car c’est le critère le plus parlant pour les bureaux d’études et les prescripteurs. C'est un repère commercial pratique, mais non-normatif, et qui ne doit plus figurer dans un CCTP à jour.

Seuils de poinçonnement CBR généralement associés aux classes

À titre indicatif, voici les seuils de poinçonnement CBR que les fabricants français associent couramment à chaque classe commerciale. Ces valeurs sont reprises de l’ancienne grille CFGG et ne constituent plus une référence normative.

Classe commerciale Poinçonnement CBR généralement associé Usage commercial courant
Classe 1≥ 500 NPaysage très léger, protection fine, usage domestique
Classe 2≥ 1 000 NAllées piétonnes, séparation sur sol homogène, jardinage
Classe 3≥ 1 500 NChemins privés, drainage léger, passages peu fréquentés
Classe 4≥ 2 000 NAccès VL occasionnel, parking léger résidentiel
Classe 5≥ 2 500 NParking VL, voirie légère, drainage standard
Classe 6≥ 3 000 NVoirie moyenne, bassin sous géomembrane
Classe 7≥ 4 000 NVoirie lourde (PL occasionnels), remblai technique
Classe 8≥ 5 000 NVoirie intensive, CET, tunnel, ouvrages d’art
ℹ️ Ces seuils sont indicatifs et non-normatifs. Chaque fabricant peut utiliser une grille légèrement différente. Pour un dimensionnement rigoureux, il faut se référer aux valeurs chiffrées réelles mesurées en laboratoire et reportées sur la fiche technique du produit.

Géotextiles par classe : fiches détaillées

Chaque classe commerciale dispose de sa page dédiée (seuil de poinçonnement, applications types et produits SOLEXAM correspondants) :

2. Classes de conséquence NF G38-060

La norme française NF G38-060 (octobre 2013) fixe les règles générales de mise en œuvre et de contrôle des géotextiles, pour tous leurs usages. Les anciennes classes CFGG ont été déclarées obsolètes par le CFG ; l’approche actuelle, issue des Eurocodes (NF EN 1990) et reprise par la NF G38-060, classe l’ouvrage, et non le produit, en classes de conséquences CC1 à CC3 selon les enjeux d’une défaillance : elles fixent le niveau de supervision et de contrôle. Les produits, eux, se spécifient par leurs valeurs chiffrées.

Classe de conséquence Ouvrages concernés Niveau de contrôle qualité
CC1 Ouvrages courants à risques limités : aménagement paysager, allées piétonnes, toitures végétalisées, remblais de faible hauteur Contrôle allégé
CC2 Ouvrages standards : parkings VL, voiries légères, drainages courants, bassins de petite taille Contrôle normal
CC3 Ouvrages à forts enjeux : voirie lourde/intensive, voies ferrées, CET/ISDND/ISDI, tunnels, barrages, ouvrages VNF et SNCF Contrôle renforcé, essais spécifiques
ℹ️ Complémentarité : classe commerciale et classe de conséquence ne décrivent pas la même chose. La classe commerciale 1 à 8 (héritée de NF G 38-040) caractérise le produit (sa résistance), la classe de conséquence CC1-CC3 caractérise l’ouvrage (son enjeu). Pour un chantier en CC3, il faut à la fois des valeurs techniques élevées ET une certification renforcée (Asqual fortement recommandée).

3. Normes européennes EN 13249 à 13265

Les normes européennes harmonisées (éditions 2016-2017) définissent les caractéristiques à spécifier pour le marquage CE obligatoire. Elles ne définissent pas de "classes" mais listent les exigences par type d’application.

Norme Domaine d’application Caractéristiques clés à déclarer
NF EN 13249Routes et autres zones de circulation (hors voies ferrées et couches de roulement en enrobé)Poinçonnement, traction, O90, perméabilité, durabilité
NF EN 13250Voies ferréesIdem + résistance à l’endommagement sous ballast
NF EN 13251Terrassements, fondations, murs de soutènementPoinçonnement, traction
NF EN 13252Systèmes drainantsPerméabilité prioritaire, O90
NF EN 13253Protection contre l’érosionRésistance UV, tenue aux intempéries
NF EN 13254Barrages et retenues d’eauDurabilité pH étendu, résistance chimique
NF EN 13255CanauxFiltration, protection, tenue aux écoulements
NF EN 13256Tunnels et ouvrages souterrainsÉpaisseur, protection de géomembrane
NF EN 13257Décharges (CET, ISDND, ISDI)Durabilité chimique extrême, lixiviats
NF EN 13265Bassins de rétention de liquidesCompatibilité chimique, étanchéité

Chaque application relève de sa norme harmonisée dédiée (il n’existe pas de norme-cadre unique) : pour un usage non listé, on se réfère à la norme la plus proche par fonction. À noter que la plupart des géotextiles couvrent plusieurs applications et portent donc un marquage CE au titre de plusieurs de ces normes à la fois.

4. Classes GTR : les sols, pas les géotextiles

Attention à la confusion fréquente : la classification GTR (Guide des Terrassements Routiers, SETRA 2000) concerne les sols en place, pas les géotextiles. Elle est néanmoins indispensable car le choix du géotextile dépend directement de la nature du sol à séparer.

Famille GTR Description Impact géotextile
A1-A4Sols fins (limons, argiles, marnes)Filtration prioritaire · O90 ≤ 200 µm
B1-B6Sols sableux / graveleux, matériaux anthropiquesSéparation standard · sol peu agressif
C1-C2Sols comportant des éléments grossiers (>50 mm)Sol agressif · majorer poinçonnement ×1,5
D1-D2Sables et graves propres roulés, insensibles à l’eauSol faiblement agressif · coefficient 1,0
D3Granulats concassés insensibles à l’eauSol très agressif · majorer poinçonnement ×2
R, FMatériaux rocheux évolutifs (R), sols organiques et sous-produits industriels (F)Étude spécifique requise

Notre guide de sélection intègre automatiquement 5 classes simplifiées dérivées de la GTR (sol fin, sableux, graveleux, caillouteux agressif, très agressif) pour orienter le choix du géotextile avec le bon coefficient de majoration.

5. Asqual, certification, classe : trois notions à ne pas confondre

L'expression « classe Asqual 5 » est un abus de langage courant sur le marché français. Elle mélange trois concepts distincts qu’il est important de bien séparer pour une prescription rigoureuse.

Asqual : un organisme de certification

  • Nature : organisme français impartial créé par le CFGG et l’AFPGA
  • Rôle : délivre un label de qualité (démarche volontaire)
  • Ce qu’il atteste : que les valeurs techniques annoncées par le fabricant sont effectivement mesurées et contrôlées par des laboratoires indépendants habilités par l’ASQUAL, organisme certificateur accrédité par le COFRAC
  • Important : Asqual ne définit pas de classes de produits

La certification Asqual

  • Ce qu’elle couvre : épaisseur, masse surfacique, résistance à la traction, allongement, poinçonnement, perforation dynamique, perméabilité, ouverture de filtration, capacité de débit dans le plan
  • Preuve : certificat officiel avec numéro unique, marquage sur chaque rouleau
  • Usage : garantit la fiabilité des chiffres annoncés, recommandée pour les marchés publics

La classe commerciale 1 à 8

  • Origine : grille de résultats NF G 38-040 du CFGG (pas d’Asqual)
  • Statut : officiellement obsolète mais encore utilisée commercialement
  • Base actuelle : généralement le poinçonnement CBR, parfois multi-critères selon le fabricant
💡 À retenir : « classe Asqual 5 » n’a pas de sens strict. Il faudrait dire soit « géotextile de classe 5 selon l’ancienne grille CFGG », soit « géotextile certifié Asqual avec poinçonnement CBR ≥ 2 500 N ». Pour les marchés publics, les deux aspects sont généralement exigés ensemble : certification Asqual et valeurs chiffrées adaptées à l’ouvrage.

Nomenclature commerciale des géotextiles non-tissés

Certains fabricants nomment leurs produits en référence à une classe-cible. Par exemple, certains non-tissés portent une référence visant approximativement les classes 3 à 7 de l’ancienne grille CFGG. Attention : la correspondance n’est pas toujours exacte, le poinçonnement réel du produit doit être vérifié sur la fiche technique (par exemple, un non-tissé de 110 g/m² peut afficher 1 300 N, légèrement en-dessous du seuil classique de 1 500 N pour la classe 3).

6. Comment dimensionner un géotextile en 2026 ?

La démarche recommandée aujourd’hui par le SETRA/CEREMA n’est plus de raisonner en « classes » mais de spécifier directement les valeurs chiffrées des 5 caractéristiques essentielles selon l’application prévue.

Les 5 caractéristiques à spécifier

Caractéristique Norme d’essai Rôle
Résistance à la tractionNF EN ISO 10319Répartition des charges, résistance à la déchirure
Poinçonnement statique CBRNF EN ISO 12236Résistance à l’agression par le sol ou le granulat
Ouverture de filtration O90NF EN ISO 12956Retenue des particules fines du sol
Perméabilité à l’eauNF EN ISO 11058Drainage et passage de l’eau
DurabilitéNF EN 12224
+ NF EN ISO 13438
Tenue dans le temps (5, 25, 50, 100 ans). 12224 = vieillissement climatique ; 13438 = oxydation en sol.

Pourquoi la « classe » ne suffit pas

Même en prenant la classe comme raccourci commercial, deux géotextiles de même classe (par exemple classe 5) peuvent présenter des profils radicalement différents :

  • Produit A : classe 5, mais O90 = 250 µm → inadapté à la filtration d’un sol fin
  • Produit B : classe 5, mais durabilité 5 ans → inadapté à une voirie permanente
  • Produit C : classe 5, mais perméabilité 20 l/m²/s → inadapté au drainage

C'est pourquoi la spécification par valeurs chiffrées est infiniment plus rigoureuse — et c’est ce que le référentiel normatif européen (EN 13249-13265) demande pour le marquage CE.

🎯 Notre conseil : utilisez notre assistant de sélection gratuit qui analyse simultanément les 5 caractéristiques selon votre type de chantier, la nature du sol, et la durabilité souhaitée. L'outil vous propose trois approches (Minimal, Normal, Prudence) avec les produits adaptés à chaque niveau — et affiche la classe commerciale à titre indicatif pour faciliter la comparaison.

7. Questions fréquentes

Un géotextile peut-il appartenir à plusieurs classes en même temps ?
Oui, et c’est précisément l’une des raisons officielles de l’abandon du système par le SETRA/CEREMA. Selon la norme historique NF G 38-040, un même produit pouvait être classé différemment selon la caractéristique testée : classe 3 en traction, classe 5 en poinçonnement, classe 2 en perforation dynamique. Cette multiplicité entraînait des confusions dans les cahiers des charges. Aujourd’hui, la démarche recommandée consiste à spécifier directement les valeurs chiffrées de chaque caractéristique plutôt que des classes globales.
Existe-t-il une classe de géotextile de 1 à 12 ?
Non, il n’existe pas de système officiel de classes 1 à 12 pour les géotextiles non-tissés. La confusion vient parfois de classements internes propriétaires de certains fabricants internationaux (TenCate BIDIM, Fibertex...) ou du nombre de grammages proposés dans un catalogue commercial. Les seuls systèmes ayant existé en France sont les classes 1 à 8 de la norme NF G 38-040 (obsolète) et les classes de conséquence NF G38-060 (1, 2 et 3, en vigueur).
Les classes 1 à 8 sont-elles obligatoires ?
Non, au contraire : elles ne doivent plus être utilisées dans les cahiers des charges à jour. Selon la note d’information SETRA, les valeurs doivent être chiffrées directement (exemple : « traction > 25 kN/m » plutôt que « classe 7 »). Seul le marquage CE (niveau 2+ pour filtration, drainage, protection) est légalement obligatoire pour la mise sur le marché européen. Les classes 1 à 8 restent néanmoins très utilisées commercialement pour faciliter la comparaison rapide entre produits.
Quelles caractéristiques minimales pour un chantier de voirie lourde ?
Plutôt que de raisonner en classe, spécifier les valeurs chiffrées selon NF EN 13249. Pour une voirie lourde (PL occasionnels), sur sol classique : poinçonnement CBR ≥ 2500 N, traction ≥ 20 kN/m, O90 adapté au sol support (critère O90 ≤ C × d85 — à titre d’exemple 80 à 120 µm sur sol limoneux), durabilité 25 ans minimum (100 ans si l’ouvrage l’exige). Sur sol caillouteux agressif (classes GTR C-D), majorer de 50 pourcent les exigences de poinçonnement. Les produits couramment utilisés dans cette plage sont des non-tissés aiguilletés haute ténacité de classe élevée. La validation par un bureau d’études reste indispensable.
Quelles caractéristiques pour un drainage de chantier ?
Pour un drainage linéaire (tranchée drainante, drain agricole, périphérique), la durée de vie dépend moins du poinçonnement que de la perméabilité (30 à 60 l/m²/s selon le débit attendu de l’ouvrage) et de l'ouverture O90 (≤ 200 µm pour retenir les fines du sol). Ces critères sont plus importants que la classe commerciale. Les non-tissés aiguilletés de classe intermédiaire répondent typiquement à ces exigences. Durabilité minimale recommandée : 25 ans pour les drains enterrés pérennes.
Un produit non certifié Asqual peut-il être utilisé en marché public ?
Oui techniquement, si le marquage CE est présent. Mais dans la pratique, les cahiers des charges publics à enjeu (VNF, SNCF, grands CCTP de collectivités) demandent fréquemment une certification par tierce partie de type Asqual « ou équivalent » pour les ouvrages en classe de conséquence CC2 ou CC3 — l'acheteur public ne peut pas imposer une marque de certification déterminée sans admettre l'équivalence. Sans certification tierce, le produit s'expose à un refus ou à des litiges en cas de défaillance. La certification garantit que les chiffres annoncés sont vérifiés par des laboratoires indépendants habilités par l’ASQUAL, organisme certificateur accrédité par le COFRAC.
La classe commerciale change-t-elle selon le type de non-tissé (spunbond ou aiguilleté) ?
Non, la classe commerciale 1 à 8 (lorsqu’elle est affichée) est basée principalement sur le poinçonnement CBR et ne dépend pas du type de fibres. La durabilité ne dépend pas non plus de la seule technique, spunbond (filaments continus) ou aiguilleté : chaque fabricant la déclare dans sa DoP, d’après les essais prévus par la norme (résistance à l’oxydation, NF EN ISO 13438, etc.). Exemple : les JUTA G, en fibres de polypropylène discontinues aiguilletées, sont déclarés résistants au moins 50 ans dans les sols naturels de pH 4 à 9, à 25 °C au plus.
Où trouver les certifications Asqual officielles ?
L'organisme Asqual publie un annuaire officiel des produits certifiés sur asqual.com, avec le numéro de certificat et les valeurs nominales contrôlées. Pour les produits distribués par SOLEXAM, les fiches techniques PDF sont disponibles dans notre catalogue et reprennent explicitement les valeurs certifiées.
Peut-on superposer deux géotextiles de classe 2 pour obtenir l’équivalent d’une classe 4 ?
Non. Les résistances mécaniques de géotextiles superposés ne s’additionnent pas de manière linéaire. La structure interne d’un géotextile de classe supérieure (fibres plus longues, densité plus élevée, processus d’aiguilletage spécifique) est conçue pour résister à des forces de traction et de poinçonnement qu’un mille-feuille de produits plus légers ne pourra pas égaler. En cas de contrôle technique sur chantier public, cette pratique est en général refusée.

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